Le Sel : un concept en or pour échanger sans argent

Un cours de calligraphie contre quelques kilos de fruit, une réparation électrique contre des travaux de couture, du conseil juridique contre un covoiturage… Au sein des Sel (systèmes d’échange local), presque aucune limite n’existe à ce qui peut être échangé entre les adhérents et ce, sans dépenser un centime.

A mi-chemin entre le troc et la pensée altermondialiste, le modèle associatif, apparu pour la première fois en France en 1995, ferait presque figure d’ovni à une époque où tout ou presque possède une valeur pécunière. Mais pour Martine Auboeuf, créatrice du Sel du Mâconnais en 1999, présente vendredi à Replonges (01) à l’occasion d’un repas entre adhérents de la structure, l’idée essentielle est de mettre en avant les relations humaines et les échanges directs. « On sort du système monétaire. On n’est pas là à dire : il faut que j’encaisse, que j’économise. C’est un état d’esprit basé sur la solidarité », explique-t-elle.DSC_0359

« Beaucoup de personnes ont simplement besoin d’écoute »

Au contraire d’un Sel, « il y a quantités de petites choses qu’on ne peut pas demander à une entreprise. Personne ne va se déranger, par exemple, pour poser 2m² de faience au-dessus de l’évier », poursuit Martin Boutry, actuel président de la structure mâconnaise, qui – en l’espace de trois, quatre ans – a vu le nombre d’adhérents locaux passé de 43 à près de 120 sous les effets conjugués de la crise et du bouche-à-oreille. « Il y a des gens de toutes couches sociales. On a des membres de 25 à 80 ans. Cela permet de créer du lien », indique Martine Auboeuf, ajoutant voir « aussi beaucoup de personnes qui ont simplement besoin d’écoute. Ils viennent juste aux repas. Ils n’échangent rien, ne demandent jamais rien », simplement attirés par un groupe où les liens amicaux se tissent naturellement.

Concrètement, le Sel partage les mêmes principes qu’un réseau social coopératif à l’échelle d’une zone géographique délimitée. « On fonctionne beaucoup par Internet. On utilise une liste de diffusion où les membres indiquent ce qu’ils peuvent proposer et ce qu’ils recherchent. Et pour les membres n’ayant pas de connexion, on leur assigne un parrain qui se charge de les informer des échanges », explique Martin Boutry.

Dès lors, lorsqu’un Seliste (nom donné aux adhérents d’un Sel) exprime un besoin, plusieurs options s’offrent à lui : se rendre physiquement à l’une des réunions mensuelles de son groupe local, envoyer un mail aux autres adhérents pour évoquer son besoin ou contacter directement un des membres susceptibles de l’aider par téléphone. Une fois la prestation réalisée, le Seliste aidant reçoit de son vis-à-vis des crédits, appelés grains – « 60 grains correspondant plus ou moins à une heure de main d’œuvre » – , qu’il pourra utiliser plus tard pour demander un service, et ainsi de suite. Charge est également donnée aux membres de se mettre d’accord sur la quantité de grains allouée à des choses difficilement quantifiables, même si comme le remarque Martin Boutry, « le meilleur échange, c’est celui qui convient à celui qui donne et celui qui reçoit. »

Eric PYKO

Plus d’infos sur http://seldefrance.communityforge.net/

Article publié dans Le Journal de Saône-et-Loire