Quelques heures pour renouer le lien parent-enfant

Depuis 1995, les bénévoles de l’association Flame s’évertuent à recréer du lien entre parents privés de droit de visite et enfants au sein d’un lieu neutre et sécurisé.

Comment faire pour que le parent divorcé ou séparé n’ayant pas de droit de visite puisse garder un contact avec son (ses) enfant(s) ? Voici 20 ans, juges, avocats du barreau de Chalon, médecins et travailleurs sociaux se sont réunis pour trouver une solution à une problématique sociétale forte que le droit ne résolvait pas.

De leur réflexion est née Flame, association permettant la rencontre entre parent et enfant (s) dans un lieu neutre sous la surveillance d’une équipe de bénévoles. « L’idée de départ était d’organiser des droits de visite lorsque le couple est en grande difficulté, de permettre de renouer des liens », explique Marie Chanon, avocate au barreau de Chalon et membre fondatrice de la structure. Et de trouver une solution « aux cas les plus extrêmes », le lot quotidien de l’association, à l’instar du premier dossier traité par Flame, celui d’« un parent turc qui avait enlevé son enfant pendant neuf mois ». Ce dernier, en dépit de son geste, avait été renvoyé vers l’association, le tribunal ayant estimé à époque que le père présentait de l’affection pour son enfant et des capacités éducatives.

Des rencontres les mercredis et samedis

« Aujourd’hui, l’association reçoit chaque mercredi et samedi de 14 à 18 heures, sur décision du tribunal, les enfants amenés par le parent titulaire du droit de garde et le parent demandeur. On met tout en œuvre pour favoriser la mise en contact, en sécurisant physiquement et moralement les enfants », détaille Patrick Forêt, président de la structure.

Chaque année, une quarantaine de nouvelles familles, soit 81 enfants en 2014, sont confiées à Flame. Sur une durée de six mois à deux ans maximum, l’association travaille de façon à ce que les enfants puissent voir leurs deux parents. En dépit des nombreux obstacles. « Aujourd’hui, on constate beaucoup de problèmes de violence. Les enfants sont les otages des parents qui s’en servent pour taper l’un sur l’autre. Quand ces derniers ne sont pas violents verbalement avec les bénévoles… », raconte l’ancien vice-président du conseil général et ancien premier adjoint au maire de Chalon. Un comportement égocentré que les bénévoles retrouvent parfois lors des rencontres chez des enfants visiblement brisés. « Ils sont le portrait de la jeunesse actuelle. Violents, agressifs parce que mal dans leur peau », analyse Patrick Forêt, qui fait régulièrement face à des gamins refusant purement et simplement de voir le parent honni.

Plus souvent, le président de Flame remarque qu’après une période d’adaptation, les rires, les moments de partage à travers les jeux réinstallent des liens perdus, une certaine complicité. « Et au bout de quelques mois, si ça s’est bien passé, on voit si on peut trouver un accord entre les deux parents. On met les choses par écrit et on envoie au juge », ajoute l’ancien élu.

Pas de miracles mais de beaux moments

Si tous les cas traités n’ont pas débouché sur une solution pérenne, la complexité des rapports familiaux n’aidant pas, l’association compte à son palmarès quelques succès dont elle peut s’enorgueillir. Le président de l’association cite à ce titre le cas « d’une femme dont l’ex-mari était clochard et qui a fait elle-même les démarches pour lui permettre de retrouver un appartement et de revoir ses enfants » ou l’exemple « d’un homme, schizophrène, qui après huit ans passés dans la structure [ndlr : une exception en termes de durée] peut désormais voir ses enfants ».

Des exemples qui ne laissent pas de marbre, y compris une forte personnalité comme celle de Patrick Forêt. « Quand je vois les gamins qui jouent, qui rigolent, on est fier », conclut-il sobrement.

Flame recherche des bénévoles. Plus de renseignements au 03.85.46.26.99. les lundis, mardis, jeudis et vendredis de 14 heures à 16 h 30.

L’association ne reçoit pas les familles en direct, mais sur décision d’un juge.