Fioul : le moment de stocker

Chalon-sur-Saône, Sassenay, Verdun-sur-le-Doubs, Saint-Loup-Géanges, Meursanges… Le carnet de route de Jean-Luc Bruchard, distributeur de fioul basé à Palleau, en dit long sur l’activité que les professionnels du secteur connaissent depuis quelques semaines et la brutale chute des cours du pétrole.

Si le remplissage des réservoirs et des cuves ne se fait pas aussi vite que le passage au stand d’une Formule 1, la comparaison reste valable tant les arrêts observés se sont avérés brefs. À peine le temps de programmer la pompe, souvent entre 500 et 1 500 l pour les particuliers, de remplir les cuves, quelques minutes au plus, que déjà il fallait reprendre la route pour rester dans les temps. « Faut toujours courir ! », souffle le distributeur indépendant qui lors de sa tournée, mercredi, dénombrait pas moins de 17 clients à livrer. Presque une journée normale pourtant comparativement au mois précédent où Jean-Luc Bruchard avait noté « une explosion de la demande, bien multipliée par deux par rapport à d’habitude, en raison de la taxe au 1er janvier (ndlr : la taxe intérieure de consommation sur les produits pétroliers a subi une hausse de 19,80 € pour 1 000 l à cette date). »

Lors des plus grosses journées, le camion-citerne était ainsi repassé deux à trois fois par le dépôt pétrolier de Chalon-sur-Saône pour faire le plein, sans que toute la demande ne soit satisfaite au passage.

Près de 200 € en moins sur la facture moyenne

La préoccupation du prix, les clients du mois de janvier, à l’instar de Pascal Haudrechy, agriculteur à Meursanges (21) ou Clothilde Reniaux, retraitée à Gergy, n’en ont pas fait une obsession, ne s’amusant pas à consulter l’évolution des cours tous les jours. Reste que « l’idée de stocker (du fioul), même s’il n’y en a pas besoin tout de suite », histoire de profiter de l’aubaine, a bien été prise en compte par chacun. Actuellement, le remplissage d’une cuve de 1 000 l coûte ainsi en moyenne 720 €, du jamais vu depuis plus de quatre ans, là où la facture s’élevait à quelque 918 € les 1 000 l en janvier 2014 selon les chiffres de l’Insee.

De quoi booster le chiffre d’affaires de Jean-Luc Bruchard, qui avait souffert d’une baisse de 30 % de ses livraisons l’an dernier à la même époque en raison des cours élevés du pétrole et de la faible demande liée à la douceur des températures. Cela étant, le professionnel n’affiche pas forcément un large sourire aujourd’hui. Malgré les tarifs attractifs, les difficultés que certains clients éprouvent l’interpellent : « Il arrive qu’on ait des impayés, qu’il me faille envoyer un huissier. Et on voit des gens qui règlent en plusieurs fois la facture. C’est particulièrement vrai chez les retraités », parfois obligés de prendre un crédit simplement pour s’offrir de quoi se chauffer…


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