Conduite : une réforme qui crispe

DSC_0916Syndicats d’inspecteurs du permis de conduire et de professionnels des auto-écoles s’alarment de la réforme du permis de conduire prévue dans la loi Macron.

Parmi le grand fourre-tout de la loi Macron, l’article 9 traitant de la réforme du permis de conduire, discuté tard dans la nuit de mercredi à jeudi à l’Assemblée nationale, n’a pas manqué de faire réagir les professionnels du secteur de la conduite.

Parmi les amendements votés, la possibilité offerte aux candidats de réaliser l’ensemble de la partie théorique en ligne sans avoir à passer par la case auto-école « fait bondir » Sylvie Mougin, monitrice à Cluny et déléguée du syndicat Unic : « Pour les auto-écoles, cela signifie plus de locaux, plus de contacts avec les élèves, plus de possibilités de suivi. Cela veut dire qu’il n’y aura plus besoin de secrétaires et donc beaucoup de pertes d’emploi. » Et la formatrice clunisoise de mettre en cause Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur, qui avait promis lors d’une réunion avec les syndicats une semaine plus tôt « qu’il ne toucherait pas à la profession », qui voit notamment d’un mauvais œil l’émergence de sociétés internet permettant de louer les services d’un moniteur à moindre frais, à l’instar d’Ornikar. « On dirait qu’ils veulent donner l’impression que les auto-écoles se gavent. Mais, avec mon heure à 40 €, si j’enlève la TVA (7 €), le salaire du moniteur, les charges… Si on gagne 3 €, je compte large », tonne Sylvie Mougin, qui prédit une future manifestation de la profession dans la semaine à venir.

Libérer du temps pour le permis B

De l’autre côté de la barrière, Christophe Guillet, inspecteur du permis de conduire et délégué régional Snica-FO, évoque son malaise face à ce qu’il considère comme un détricotage du service public. Afin de libérer du temps aux examinateurs et diminuer les temps de passage aux épreuves du permis B et donc le coût pour les élèves, la loi Macron prévoit de transférer à des organismes privés agréés la surveillance de l’examen théorique et le passage des épreuves pratiques du permis poids lourd des diplômes professionnels – 80 % du contingent selon le responsable syndical. Et Christophe Guillet de s’interroger : « Quelle est la légitimité des futurs examinateurs poids lourds ? Quand on enlève le contrôle de l’État, on peut mettre en doute l’équité, l’égalité de traitement des candidats. » Une référence explicite au scandale provoqué par la privatisation de l’examen du permis bateau, qui avait abouti sur le démantèlement en 2009 et 2011 de réseaux de faux permis vendus alors contre monnaie sonnante et trébuchante.

L’examen en 45 jours ?

Dans tous les cas, les professionnels ne s’attendent pas à ce que l’objectif annoncé de diminuer à moins de 45 jours la présentation d’un candidat à l’examen de conduite puisse être tenu dans les zones sous tension. « Pour sauver le système, il suffisait de 100 à 150 inspecteurs supplémentaires sur toute la France, mais le ministère de l’Intérieur n’a écouté aucune des propositions faites », se désole Christophe Guillet. Dans le même temps, Sylvie Mougin souligne que les auto-écoles restent très dépendantes de leur taux de réussite pour obtenir des places. Actuellement, le délai peut ainsi varier de quelques semaines à près de trois mois en Saône-et-Loire, et même plus de six en Ile-de-France.

Interrogé sur le sujet par RTL, Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a proposé hier que des retraités de la police ou la gendarmerie puissent être mobilisés, en sus des inspecteurs, afin de résorber la demande. Une initiative comparable sur la forme à l’opération organisée entre juillet et décembre 2014 pour la surveillance des examens du code de la route.