Défense : « On accuse le coup mais on continue »

Outre les services de renseignement, la police judiciaire et l’anti-terrorisme, les services de sécurité mobile comme les CRS figurent parmi les unités les plus sollicitées actuellement. Photo Éric PYKO

En première ligne face à la menace terroriste, les forces de sécurité intérieure sont aujourd’hui mobilisées au maximum de leurs possibilités.

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve égrène les chiffres : 2235 perquisitions, 165 découvertes de stupéfiants, 334 armes de guerre saisies, 263 interpellations qui ont conduit à 232 gardes à vue et 346 procédures judiciaires… « En 15 jours, nous avons donc saisi un tiers du volume des armes de guerre habituellement récupéré en une année », se réjouit le ministre, qui salue le travail des forces de l’ordre. Derrière ces chiffres, beaucoup de monde, beaucoup de travail. Mais aussi de fatigue physique, de stress, de risques psycho-sociaux… Depuis les attentats de janvier, les attaques du 13-Novembre et la tenue de la Cop21, les conséquences de la suractivité demandée aux forces de l’ordre posent question.

Policiers sous pression

Policiers, gendarmes, militaires… Pour Stanislas Gaudon, du syndicat policier Alliance, le constat s’avère identique dans tous les cas : « Les forces de sécurité intérieure sont fatiguées. On accuse le coup mais on continue, car on sait l’engament important. » Avec la Cop21, « certains services organisent des journées de travail de 12 heures, qui peuvent aller jusqu’à 24 heures pour les services de renseignement », note à ce titre Michel-Antoine Thiers, délégué du Syndicat national des officiers de police. « Certains collègues ont travaillé 10, 11 jours d’affilée sans avoir de jour de repos », renchérit Stanislas Gaudon pour qui « le tout s’est rajouté à l’activité normale » (circulation, sécurité, enquêtes…).

Stress, burn-out, dépression guettent les unités. La semaine suivant les attentats du 13-Novembre, le service de soutien psychologique de la Police nationale a ainsi accueilli plus de 650 personnes à Paris, majoritairement en débriefing collectif. Un chiffre à comparer avec les deux ou trois visites hebdomadaires en temps « normal ». La police calaisienne, particulièrement impactée par la gestion des flux migratoires, illustre au quotidien ces difficultés. « Sur le terrain, le taux d’absentéisme augmente. Il y a des collègues en difficulté. On commence à voir des arrêts médicaux de travail. Les causes sont multiples mais oui, des dépressions, il y en a… », relate Stanislas Gaudon.

Les fêtes, une soupape ?

À court terme, un assouplissement du dispositif en vigueur, avec la possibilité de prendre des jours de repos après la COP21 jusqu’à la veille du jour de l’An, fait partie des mesures attendues dans les différents services. « Le risque psychosocial viendra si on ne les laisse pas se reposer en fin d’année. Les policiers souffrent et les familles aussi. Elles ne les voient plus et elles s’inquiètent », souligne Céline Berthon, secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale. Et ce, d’autant plus que le ministère de l’Intérieur a suspendu toute prise de congés ou de repos hebdomadaires en raison du contexte de tension.

Des renforts salués mais…

Annoncée par le président de la République François Hollande devant le Congrès, le 16 novembre, « la création de 5 000 emplois supplémentaires de policiers et de gendarmes » est globalement saluée par les syndicats. À la nuance près que les effets ne seront pas visibles avant 2 ou 3 ans « car il faut organiser les concours, recruter, former, etc. Même intégrées, les unités ne sont pas immédiatement opérationnelles », souligne Marc-Antoine Thiers. En somme, pas de quoi soulager les effectifs, qui anticipent déjà une probable prolongation de l’état d’urgence en 2016 avec la tenue du championnat d’Europe de football cet été.

Eric PYKO

Article paru dans les journaux du groupe EBRA